Accéder au contenu principal

Pourquoi je diminue ma consommation de coton

Après une petite période d’absence, je suis de retour avec un article (un poilou long) sur le coton et son impact écologique.


Le coton est partout. Dans nos vêtements et chaussures, mais aussi à la maison : draps, serviettes, torchons, rideaux, tapis et j’en passe, ou encore dans nos trousses de toilette : coton à démaquiller, coton tiges, protections hygiéniques… 

Chaque français consomme 17kg de textile par an (dont 9kg de vêtements et 2kg de chaussures). Le flux de déchets textiles généré en France est proche du flux consommé, ainsi en 2013 les déchets textiles représentaient 700 000 tonnes et ce chiffre est en forte progression chaque année. Sur ces 700 000 tonnes seulement 105 000 tonnes ont été collectées, le reste finissant avec les ordures ménagères enfoui ou incinéré ou encore pire jeté dans la nature.

En 2015, la production mondiale de coton a été de 25,9 millions de tonnes. La consommation de coton dans le monde est massive (et pour cause, personne ne s’imagine s’en passer) et pourtant les conséquences environnementales de la culture intensive de coton sont désastreuses et ce pour de multiples raisons que je vais vous présenter.


1/ Une industrie extrêmement gourmande en eau (une ressource précieuse rappelons-le)

a/ Pour la culture de plante en elle-même

Le coton est le 3ème plus gros consommateur d’eau d’irrigation de la planète, après le riz et le blé, avant le maïs et les fruits et légumes. Il faut, selon les techniques utilisées, entre 7 000 et 29 000 litres d’eau pour produire un kilo de coton avec une moyenne sui se situe à 10000 litres. L’empreinte eau dépend du pays de fabrication. Si elle est de 6000 L/kg en Chine, elle sera de 8 100 L/kg aux Etats-Unis, 9 600 L/kg au Pakistan et 22 500 L/kg en Inde. Ceci signifie qu’un tee-shirt de 250 grammes requiert environ 2 500 litres d’eau et un jean de 800 grammes nécessite 8 000 litres rien que pour l’irrigation ! A titre de comparaison 900 litres sont nécessaires pour un kilo de blé et 1 900 litres pour un kilo de riz. Plus de 50% du coton cultivé dans le monde est irrigué.

b/ Puis pour les différents traitements que la fibre doit subir avant de nous parvenir en tissu

La fibre de coton subi de nombreux traitement (que je vais détailler un peu plus bas). Le premier d'entre eux est le nettoyage de la fibre, évidement consommateur d'eau. Mais ensuite on y applique une succession de produits chimiques qui devront à chaque fois être rincés pour en limiter le contact avec notre peau. En effet, ce sont bien souvent des produits dangereux et malgré ce rinçage à grande eau qui consomme beaucoup d'eau et rejette des tas de polluants dans les rivières et océans, on retrouve malheureusement bien trop de ces produits emprisonnés dans les fibres avec lesquelles nous sommes en contact nuit et jour durant toute notre vie.


2/ Le recours massif aux pesticides


La culture du coton est l’une des plus polluantes au monde. Elle couvre environ 2,5% des surfaces cultivées mondiales mais engloutit 25% des insecticides et 10% des herbicides selon l’OMS, avec jusqu'à 30 traitements par an. Cet usage massif de pesticide serait à l'origine de l'intoxication d'1 million de personnes dont 22 000 causant la mort (toujours d'après l'OMS).

Aux causes habituelles de la multiplication des traitements chimiques en agriculture (monoculture, variétés sélectionnées, recherche du rendement maximum) s’ajoute, pour le coton, le fait que personne ne s’est préoccupé de la présence de résidus, puisque le coton n’est pas une culture alimentaire.

Ces résidus toxiques atteignent au premier chef les paysans des pays pauvres, et polluent l’eau des rivières dans lesquelles les industries textiles rejettent leurs eaux usées.

Notons par ailleurs qu'en 2016, 64% du coton cultivé dans le monde était génétiquement modifié.


3 / Une série de traitement chimiques pour obtenir le tissu à proprement parler

Chlore, ammoniaque, soude, acide sulfurique, métaux lourds, formaldéhyde, solvants organiques et aromatiques... Autant de produits dont le nom suffit à vous faire frémir et qui sont pourtant régulièrement utilisés dans l'industrie textile. Le blanchiment du coton exige fréquemment d'utiliser du chlore ou des azurants chimiques. La teinture du coton, elle, requiert souvent d'employer des métaux lourds comme du plomb ou du chrome, évidemment toxiques. Voyons ensemble toutes les étapes que va subir la fibre de coton avant de nous parvenir sous forme de textile pour se rendre compte de l'extrême juxtaposition de produits chimiques sur ce tissu qu'on perçoit tous comme le plus sain et naturel qui soit (souvenez-vous de votre grand-mère ne jurant que par les culottes en coton !).

a/ Nettoyage du coton

La première opération réalisée sur les fibres naturelles est le nettoyage, c’est une opération purement physique et sans impact sur l’environnement pour les fibres végétales mais qui utilise des quantités importantes d'eau.

b/ Encollage du coton

Une fois nettoyés, puis filés, les fils destinés à constituer la chaîne, sont plongés dans un bain à base d’amidon, de résines synthétiques ou de produits gras, en vue de les protéger du frottement lors du tissage.

c/ Blanchiment du coton

Pour ce faire on utilise généralement des produits à base de chlore, notamment l’eau de Javel. Elle est de plus en plus remplacée par d’autres composés chlorés et par l’eau oxygénée, beaucoup moins polluante. 

d/ Désencollage du coton

C’est la dernière opération avant teinture, qui consiste à débarrasser le tissu, par voie chimique, des produits utilisés pour l’encollage. .

e/ Les teintures et autre produits d'ennoblissement


Les risques pour la santé sont dus à la présence dans les vêtements que nous portons de deux grandes familles de produits chimiques : les teintures et les résines

Les constituants chimiques de certaines teintures peuvent provoquer des allergies. Les métaux lourds (chrome), parfois utilisés en teinture comme produits de mordançage (ainsi nommés car ils permettent à la couleur de "mordre" la fibre), peuvent également provoquer des allergies. Du plomb peut également être utilisé. Certains colorants azoïques peuvent par ailleurs libérer des amines aromatiques cancérogènes. Ils sont interdits en Allemagne depuis 1996, mais certains sont encore autorisés en France.

De très nombreux vêtements, notamment en coton et en rayonne, contiennent du formaldéhyde, pour rendre les vêtements infroissables. C’est un allergène bien connu, mais il peut avoir d’autres effets négatifs : irritations, saignements de nez, maux de tête, nausées, pertes de mémoire.

Une fois teint ou imprimé, le tissu doit subir encore d’autres apprêts chimiques. Voici les plus courants :
· Le mercerisage s’applique au coton pour lui conférer un aspect soyeux et lui donner une meilleure aptitude à la teinture
· L’apprêt d’infroissabilité 
· L’azurage optique renforce l’impression de blanc immaculé de certains tissus. 
· Le traitement antifeutrage 
· Le traitement antitaches 
· L’imperméabilisation 
· L’ignifugation 
· Les traitements antimicrobiens 
· Les traitements anti-UV

Ces produits utilisés quotidiennement dans les usines de l’industrie textile conventionnelle contaminent les vêtements en résidus toxiques mais aussi polluent l’air, les sols, et les eaux à la sortie des usines. Il n’est pas rare d’observer une hausse inhabituelle de nombreuses maladies et cancers chez les travailleurs ou les riverains de ces usines.

Les colorants avec métaux lourds et le formaldéhyde sont interdits en Europe, il n’y a souvent pas de contrôles sur les produits importés. Dans son rapport Dirty Laundry 2, Greenpeace a étudié la présence d’éthoxylates de nonylphénol dans les vêtements neufs de plusieurs marques fabriquées notamment en Chine, au Vietnam, en Malaisie et aux Philippines… Les marques dont les vêtements analysés contenaient des traces d’éthoxylates de nonylphénol sont Adidas, Nike, Uniqlo, Calvin Klein, H&M, Abercrombie & Fitch, Lacoste, Converse et Ralph Lauren. Ces contaminants ont été détectés dans deux tiers des 78 échantillons achetés dans 18 pays. Les éthoxylates de nonylphénol sont des perturbateurs endocriniens fréquemment utilisés dans la production de textiles naturels et synthétiques. Ils se décomposent en nonylphénol, sous-produit supposé toxique pour les organes reproducteurs. Des traces de nonylphénol sont relâchées lorsque les vêtements sont lavés. Ils regagnent alors le milieu aquatique où ils peuvent contaminer le milieu et différentes chaînes alimentaires dont la nôtre.


4/ Le transport


Vous le savez déjà que trop bien nos vêtements ne sont (presque) JAMAIS fabriqué en France, très rarement en Europe mais au contraire bien souvent à l'autre bout du monde en Asie. Bien évidement faire venir les tonnes de textile que nous consommons est donc hautement émetteur de CO2. Je ne vous fait pas un dessin sur les conséquences sur la planète puisqu'en 2017 j'espère que tout le monde (à part Monsieur Trump) est au fait du changement climatique.


5/ Avoir conscience du problème c'est bien mais que peut-on faire à notre toute petite échelle de citoyen / consommateur ?

Evidemment on ne va pas aller travailler tout nu demain (surtout qu'il fait froid) alors comment faire pour s'habiller en évitant d'empoisonner chaque jour un peu plus la planète ?



a/ Consommer moins

A l’heure de la fast fashion la tentation est grande de remplir ses armoires de tous les derniers modèles dont on nous gave dans les pubs sur tous les supports, en particulier avec les enseignes qui propose des prix très bas (je pense notamment H&M, Primark…) et donc avec lesquelles il est plus facile de céder à la tentation. Alors bien sûr, on ne va pas du jour au lendemain se transformer en moine avec une robe de bure et une cordelette pour seul vêtement mais on peut quand même essayer de prendre du recul, de se faire plaisir de temps en temps tout en essayant de consommer de manière plus raisonnable, d’investir dans des vêtements de qualité (et encore mieux chez des marques écoresponsables et éthiques) qui vont durer plusieurs années.

b/ Préférer du coton biologique au coton conventionnel

Le coton biologique est moins gourmand en eau et en adjuvant chimique. Même si en 2007 à peine plus de 1% des textiles sont produits biologiquement, de nombreuses entreprises s’y mettent.

La culture biologique du coton maintient les sols sains et productifs grâce à l'utilisation d'engrais naturels et respecte les équilibres naturels entre les différentes populations animales.

c/ Remplacer le coton par des substituts

Je pense aux viscoses de bambou ou d’eucalyptus… Je ne m’y connais pas beaucoup sur les alternatives possibles. Peut-être que le lin peut être considéré également.

Evidemment les fibres 100% synthétiques issus de la pétrochimie ne sont pas recommandable. Elles présentent d’incontestables avantages – solidité, prix de revient peu élevé, imputrescibilité, etc. – qui expliquent leur succès. Personnellement je ne m'imagine pas m'en passer pour les vêtements techniques de sport et randonnée. Mais leur production se fait à partir de matières premières non renouvelables, principalement le charbon et plus encore le pétrole. C’est en outre une activité très polluante. Il convient donc d'en limiter l'usage.

Je vous fais un article très bientôt sur les produits Les tendances d’Emma qui se propose de remplacer le coton jetable par des alternatives plus écologiques.

d/ Recycler ! 

Tout simplement ne jamais mettre aucun tissu à la poubelle ! Il faut les mettre dans les nombreux containers mis à disposition à cet effet. Si les produits sont en bon état ils seront revendus (souvent dans les pays en voie de développement) ou donnés à des personnes dans le besoin et s’ils sont inutilisables ils seront recyclés. Ne jamais se dire qu’un t-shirt troué doit aller à la poubelle car on ne peut rien en faire. On en fait des tas de choses et cela permet d’économiser nos ressources. Comme dit en introduction, sur les 700 000 tonnes de déchets textiles produits en France chaque année seulement 105 000 tonnes ont été collectées, ce qui est à mon sens inacceptable.

On peut aussi soit même décider de chiner dans les friperies, les brocantes ou les vide dressing sur internet et ainsi donner une deuxième vie à des vêtements.




Si cet article vous a plu ou si au contraire il était tellement long que vous êtes directement descendu à la conclusion, je vous propose de regarder cette petite vidéo TedEd (donc très bien ficelée et très courte) sur le cycle de vie d’un t-shirt qui est très intéressante et reprend pas mal des points que j’ai évoqué. Cette vidéo m'a fait beaucoup réfléchir et est à l'origine de ma nouvelle perspective sur le shopping.

Commentaires

Popular Posts

Le masque merveilleux par Ultra Doux : l'erreur de la débutante

Les produits Ultra Doux et moi, c’est une longue histoire d’amour. Mais les histoires d’amour finissent mal, en généraaaal ... 

Festival des Templiers - Marathon du Larzac

Pour le dernier trail de la saison, nous nous attaquons à l’un des plus gros évènements trail de France: le festival des Templiers. Ce n'est pas moins de 14 courses aux formats variés qui sont proposées et qui attirent plus de 10000 coureurs de 45 nationalités différentes. La course la plus emblématique est la grande course des Templiers le dimanche mais qui, pour la première fois en 25 ans d'existence, a été annulée pour raison météorologique cette année. Par chance, avec mes amis, nous avions opté pour des courses qui se déroulaient le vendredi matin pour lesquelles nous avons eu d'excellentes conditions climatiques. Ces courses avaient surtout l'avantage d'être limitées à quelques centaines de participant permettant une ambiance plus intimiste.  La course n'a pas commencé qu'on en prend déjà plein les mirettes Après 7h de route jeudi, nous avons récupéré nos dossards, puis nous avons fait un tour rapide du salon du trail très bien fourni av

DeNovo : la (petite) marque française de cosmétiques éthiques et naturels qui gagne à être connue

Cela fait très longtemps que je voulais faire un article dédié à cette jolie marque. J'ai attendu un peu pour avoir testé un bon panel de produits et je vous présente aujourd'hui mes impressions sur tout ce que j'ai testé depuis un peu plus d'un an.